Après l’exposition « Dessiner à l’infini « de PICASSO en 2023 du centre POMPIDOU, le Grand Palais expose à partir du 16 décembre 2025 « Dessins sans limite » qui reprend une sélection de dessins du centre POMPIDOU et son cabinet d’art graphique.
Sont réunis 300 Œuvres et 120 artistes du centre POMPIDOU dont des dessins de PICASSO et Willem de KOONING
Pour DE KOONING , PICASSO est « l’homme à battre » mais il y avait aussi une complicité DE DE KOONING pour son cadet PICASSO comme avec le thème de la crucifixion qu’ils affectionnaient l’un et l’autre . Ce qui intéressait ces deux artistes dans la crucifixion ce n’était pas le thème religieux mais de transmettre des douleurs et les angoisses de la mort .
Ce thème commun on le retrouve dans le dessin de STRAVINSKY que j’aimerais présenter en profitant de l’opportunité de cette exposition pour extraire 3 dessins de PICASSO que sont des têtes de taureaux et de minotaure de 1937 du centre POMPIDOU et les mettre en rapport avec le dessin inédit que j’ai découvert et qui est en quête d’expertise . Il s’agit d’un dessin, portrait de STRAVINSKY, par PICASSO en 1938
Taureaux – PICASSO 1937
Portrait de STRAVINSKY 1938
MINOTAURE PICASSO
Les 3 taureaux et minotaures de 1937 de PICASSO du centre POMPIDOU et le dessin inédit portrait de STRAVINSKY d’une part et d’autre part les deux WOMAN de DE KOONING de l’exposition et le tableau inédit que j’ai appelé « LEG WOMAN IN THE LANDSCAPE, ont quelques traits en commun que je vais vous évoquer.
Analyse : La symbolique du Taureau chez Picasso
Il faut savoir que PICASSO a toujours été fasciné par le taureau et son environnement dès son plus jeune âge. A 11 ans il dessine des scènes taurines de corrida .En 1937 dans son tableau emblématique « GUERNICA », le taureau a une place importante, il incarne la cruauté totalitaire , indifférente à la souffrance, Les deux dessins de taureaux du centre Pompidou sont des études pour le tableau GUERNICA .
En 1938 année du portrait inédit de STRAVINSKY il peint au moins 5 tableaux de Taureaux et de minotaures mais le taureau a changé de comportement ce n’est plus le taureau de la mort , de la terreur mais du courage et de l’espoir a l’exemple de ses tableaux crées en Novembre et Décembre 1938 ( voir mon site) Le Dessin de STRAVINSKY de Novembre 1938 est dans la même lignée , il y a du taureau dans le portrait de STRAVINSKY.
Les supports et la technique
Quelques mots d’abord sur le support. Picasso se contente de peu pour ses supports de dessins . Anne LEMONNIER du CENTRE POMIDOU nous dit qu’il dessine :
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« sur une enveloppe décachetée ,
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une page de journal,
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un papier d’emballage,
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un morceau de buvard ,
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au verso d’un prospectus,
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au fond d’une boite de carton).
Le dessin de STRAVINSKY quand à lui ,est réalisé sur le dos d’une invitation pour assister à la première d’un film en Avril 1938 « Les disparus de Saint Agil « dont le dialoguiste est son ami le Poête Jacques PREVERT.
Le portrait de Stravinsky : Un animal blessé
Ce dessin de STRAVINSKY a quelque chose d’ un taureau blessé . Ce 16 novembre 1938, PICASSO fit le portrait de mémoire de STRAVINSKY non pour le caricaturer mais pour le représenter conformément à ce qu’il percevait de STRAVINSKY ce 16 Novembre . En fin d’année 1938, les tableaux de Taureaux et minotaures étaient la grande préoccupation du peintre, Il en représente au moins 5 en novembre 1938 . Ce dessin de STRAVINSKY il le représenta avec des traits sous entendus d’un taureau en corrélation avec ce que le compositeur était en train de subir dans sa vie personnelle . Il était comme un animal blessé .
Le peintre avait voulu montrer dans ce portrait de 1938, l’état d’esprit dans lequel le compositeur se trouvait ce 16 novembre 1938 , les traits tirés, le regard livide et absent, une profonde tristesse et l’envie de crier son désespoir devant son impuissance face à la maladie de sa femme et de sa fille . Elles allaient mourir de la tuberculose quelques jours plus tard.
Dans cet état Picasso y voit une ressemblance avec le taureau , il affuble donc STRAVINSKY d’un visage rond et gonflé, d’un cou de taureau, une bouche aux lèvres épaisses, un nez qui fait penser à des naseaux de taureaux et des petits yeux de taureaux . La bouche est ouverte, cela lui donne l’aspect d’un animal bléssé qui crie de douleurs comme une mise à mort de taureau, lui un aficionados il compare le courage de STRAVINSKY à affronter les tourments à un taureau dans l ‘arène en transformant le visage de STRAVINSKY avec certains traits de taureau tout en reconnaissant malgré cela le visage de STRAVINSKY , tout le génie de PICASSO est dans ce dessin en quelques traits. De ce point de vue physique on peut comparer ce portrait de STRAVINSKY au deux têtes de taureaux du centre POMPIDOU.
Projection et style
Dans ce portrait de STRAVINSKY , ce n’est donc pas la représentation fidèle de PICASSO pour son modèle STRAVINSKY. C’est aussi lui-même qu’il projette dans ce dessin et qui se raconte. Il ressent les blessures de STRAVINSKY ,lui qui sort tout juste d’une période de difficultés suite à sa rupture avec sa femme en 1935 et sa longue période ou il a abandonné la peinture pour écrire. L’inscription du nom STRAVINSKY sur le dessin est similaire à sa propre signature avec le même trait souligné sous le nom.
Ces mêmes traits de la tête des taureaux cités ci-dessus ( le cou, la bouche , les naseaux .. ) on les retrouve dans les têtes de taureaux de PICASSO du centre POMPIDOU.
L’année 1938 c’est aussi l’année des hachures dans les portraits et dessins de PICASSO Dans le livre » les écrits « de BERNADAC et PIOT elles notent : « PICASSO inaugure un nouveau style de dessins , faits de traits multiples , de stries, de chevrons « . Dans le portrait de STRAVINSKY les hachures sont partout au niveau des cheveux du nez , des lèvres , des oreilles. On retrouve ces mêmes hachures appairés qui se terminent en pointe ou appairées et parallèles dans le dessin du minotaure du centre POMPIDOU.
Autre grand peintre exposé au Grand Palais : Willem De KOONING . La centre POMPIDOU possédé 2 dessins de WILLEM DE KOONING . Il s’agit de deux « WOMAN » des années 50 , Un « woman « à la mine de graphite et pastel sur papier et un autre de la même série, tous les deux rattachés au cabinet graphique du centre POMIDOU.
WOMAN du centre POMPIDOU 1952
WOMAN du centre POMPIDOU 1952
LEG WOMAN IN THE LANDSCAPE 1971
Là aussi comme pour le portrait de STRAVINSKY de PICASSO , j’ai découvert un tableau inédit présumé de DE KOONING . Certains éléments des tableaux de DE KOONING du centre Pompidou sont aussi présents dans le tableau inédit que j’ai appelé « LEG WOMAN IN THE LANDSCAPE ».
j’ai essayé de faire expertiser ce tableau mais malheureusement à ma connaissance, il n’existe plus d’expert habilité à expertiser des œuvres de DE KOONING depuis la mort de sa fille LISA en 2012 et depuis que la fondation DE KOONING de New York a arrêté les expertises de DE KOONING. La cote très importante de ce peintre ne fait qu’augmenter le risque d’expertise et les experts sont réticents à s’engager officiellement. Pour information il y a eu il y a quelques années une vente de gré à gré d’un tableau de DE KOONING pour 300 millions de dollars , acheté par le canadien Kenneth GRIFFIN qui en fait le tableau contemporain vendu le plus cher du monde.
Le tableau inédit : « LEG WOMAN IN THE LANDSCAPE »
Ce tableau inédit « LEG WOMAN IN THE LANDSCAPE » a une histoire extraordinaire, Il a été construit à l’origine à partir du calque de la jambe droite du tableau emblématique WOMAN1 dans son étape 1 de 1950. Calque qu’il a appliqué sur une toile vierge et dont les contours correspondent au tracé de charbons de bois du calque dont les traces sont restés sur le tableau recouvert de peinture.
De cette jambe il en a fait une forme biomorphique animale avec 2 yeux et un bec . Ce tableau , représente l’image de ses rêves cauchemardesques qu’il avait évoqué dans une interview à un journaliste BIBED « J’ai fait des cauchemars pendant longtemps , un monstre m’a attaqué , un énorme monstre… Je fais toujours ces rêves , mais ce ne sont plus des cauchemars, je sais que je finis par le maitriser »
Dans le tableau « LEG WOMAN IN THE LANDSCAPE » la forme Biomorphique c’est DE KOONIG dans ses rêves et autour de lui des monstres des marais et de la mer s’avancent vers lui pour le dévorer. A droite de la forme biomorphique, un profil d’une tête allongée à la GIACOMETTI regarde la scène c’est DE KOONING qui se voit dans son rêve. Pour les détails du tableau voir mon site et blog , liens ci-dessous.
Le secret au dos de la toile
Pour être dans le cadre de l’exposition sur les dessins, il faut regarder au dos du tableau « LEG WOMAN IN THE LANDSCAPE » .Ce qui semble au premier regard un hiéroglyphe incompréhensible s’avère être un dessin condensé d’une grande complexité et qui en dit long et comme seul DE KOONING en a le secret. Ce dessin est mieux qu’une signature pour le tableau « LEG WOMAN IN THE LANDSCAPE »
Revenons un instant sur le recto du tableau inachevé qui a un rapport avec le dessin au dos. Le tableau date de 1971 au moment ou DE KOONING fait sa rencontre avec Emilie KILGORE qui devient sa muse . De KOONING change d’état d’esprit avec cette rencontre , il resplendit de joie et d’amour , en revanche le tableau « LEG WOMAN IN THE LANDSCAPE » respire la mort, la terreur aussi il ne le termine pas et traverse le tableau pour faire au dos sur la traverse de bois dans une couleur rose, le fameux rose DE KOONING de « PINK LADY », un dessin sous forme de rebus à déchiffrer et qui reflète son nouvel état d’esprit dans la joie et l’amour .
Ce dessin qui ressemble à un hiéroglyphe dans le sens du tableau se détache en lettres imbriqués les unes dans les autres et alors on peut y lire les deux noms D KOONING et KILGORE . En tournant le tableau à + 90°, on remarque une tête féminine de face dans le style de son tableau « MARYLIN MONROE » de 1954. C’est sans doute à Emilie KILGORE qu’il pense dans ce dessin. En tournant le tableau à -90 degrés c’est a lors une tête d’homme de profil qui le représente lui-même face à Emilie KILGORE ; Après sa rencontre avec Emilie KILGORE il lui avait fait une promesse: « Je vous dédie toutes mes peintures », promesse tenue dans ce tableau.
DESSIN Dos
-90°
+90°
Nous avons vu ci-dessus qu’il y avait un rapprochement entre les taureaux du centre POMPIDOU avec le dessin de STRAVINSKY. On peut aussi trouver des points de rapprochement entre les deux « WOMAN « du CENTRE POMPIDOU et le tableau inédit « LEG WOMAN IN THE LANDSCAPE coté PEINTURE faits à 20 ans d’intervalle avec deux marques de fabrique de DE KOONING En effet on y retrouve dans les deux tableaux du CENTRE POMPIDOU et LEG WOMAN IN THE LANDSCAPE l’évocation de la chaussure à haut talon comme il l’a été aussi au début de la carrière WANDY WARHOL.
Chaussure haut talon LEG WOMAN IN THE LANDSCAPE
Chaussure haut talon WOMAN – Centre Pompidou
Autre caractéristique cette fameuse jambe de WOMAN1 étape 1 qui a été calquée mais qui peut être aussi un bras car il ne fait pas de différence dans certains tableaux entre l’un et l’autre, les jambes peuvent être des bras et vice et versa :
LEG WOMAN IN THE LANDSCAPE
WOMAN centrePOMPIDOU
Les deux artistes se sont inspirés des femmes qu’ils ont déformées, triturées , parfois monstrueuses et repoussantes comme Dora MAAR, celles de PICASSO sont spécifiques , reconnaissables alors que celles de DE KOONING n’ont pas été identifiables.
Géry Watine,